Touladi du lac Témiscouata

Nombreux sont les pêcheurs, du Bas-Saint-Laurent ou d’ailleurs, qui aiment venir au lac Témiscouata pour pêcher le touladi (aussi appelé truite grise). Les deux tournois de pêche qu’il accueille chaque année rencontre toujours un franc succès. Le tournoi régional a lieu en mai et le provincial en juin. La pêche au touladi constitue un des principaux attraits touristiques de la région. Afin que cette activité puisse perdurer et rester agréable à pratiquer, il est nécessaire de soutenir la reproduction naturelle du touladi par une reproduction artificielle. Qu’est-ce que cela signifie? Qu’est-ce que ça implique? Comment procède-t-on?

Cages contenant les poissons et roulotte de prélèvement – Patrick Gagnon MFFP

Reproduction naturelle

Chaque automne, les mâles et les femelles se réunissent à des endroits spécifiques du lac, appelés site de frai, pour se reproduire. Les œufs des femelles sont fécondés par la semence de plusieurs mâles puis ils restent tout l’hiver au fond du lac, sans protection. Afin de ne pas ‘étouffer’ les œufs, les sites de frai doivent être constitués de petits cailloux laissant circuler l’eau et l’oxygène. S’ils sont couverts de sédiments, cette circulation ne se fait plus et les œufs ne survivront pas. Les adultes sont matures sexuellement à partir de l’âge de 6-7 ans, ils mesurent alors environ 60cm de long. Les petits poissons naîtront au printemps et devront se débrouiller seuls pour survivre. En nature, seulement 0.05% des œufs deviendront des alevins (petits poissons).

Reproduction artificielle

Dans un contexte entièrement naturel, ce faible taux de reproduction suffit à maintenir des populations et des écosystèmes en santé. Cependant, lorsque les conditions changent, que certaines espèces sont ajoutées, que d’autres sont plus recherchées, il est alors nécessaire de soutenir les populations de poissons recherchées par de la reproduction artificielle. Cela signifie que de jeunes poissons d’1 an (environ 15 cm de long) sont ajoutés dans le lac, on parle alors d’ensemencement. Seul le ministère de la faune, des forêts et des parcs (MFFP) est autorisé à faire cet ensemencement.

Pourquoi est-ce que tout le monde ne peut pas ajouter de nouveaux poissons dans un lac?

Tout d’abord, il est important de ne pas introduire de nouvelles espèces dans un lac car elles pourraient nuire aux espèces déjà présentes et complètement déséquilibrer l’écosystème du lac. Ensuite, l’ensemencement d’un lac se fait selon certains calculs permettant d’établir les taux d’ensemencement à respecter et la fréquence à laquelle les faire pour obtenir des résultats optimaux. Contrairement à la croyance populaire, il ne suffit pas d’ajouter des poissons dans un lac pour que la pêche soit meilleure. Par exemple, trop de poissons ensemencés engendre souvent des individus de plus petites tailles. Dans certains cas, ensemencer trop ou trop souvent ne fait qu’améliorer la situation des autres espèces de poissons qui se nourrissent des alevins ensemencés. Le taux d’ensemencement et sa fréquence sont déterminés en fonction de la taille des plans d’eau. Au Bas-Saint-Laurent, 42 100 alevins sont ensemencés aux 2 ans dans les 9 lacs à touladi de la région.

Les principales étapes de l’ensemencement

  • Pêche des touladis matures

Début novembre, pendant la période de frai naturelle, environ 80 touladis adultes et matures (plus de 60 cm de long) sont pêchés et séparés selon leur sexe. Cette pêche est effectuée sur plusieurs nuits durant la semaine précédant le prélèvement des œufs et des semences. Elle a lieu la nuit car le touladi est un poisson sensible à la lumière. Il frai donc lorsqu’il fait noir. Les poissons sont alors placés dans des cages métalliques ne laissant pas entrer la lumière fixées à un quai flottant. Les mâles sont séparés des femelles pour éviter que la frai se produise dans la cage.

  • Prélèvement des œufs et des semences

Deux bacs contenant un anesthésiant sont préparés; un pour les mâles et un pour les femelles, ainsi qu’un bac de rinçage et un bac ‘salle de réveil’. Ces bacs se situent entre les cages qui sont dans le lac et la roulotte dans laquelle les prélèvements auront lieu. Les poissons sont alors transférés par petits groupes dans les bacs d’anesthésie. Une fois anesthésiés, ils sont alors pesés et mesurés un par un.

Les poissons issus d’anciens ensemencements présentent généralement une petite marque sur la nageoire adipeuse (sur le dos). Ce détail est donc relevé afin d’évaluer la proportion de poissons issus de la reproduction artificielle et naturelle. Par un massage de leur ventre, les œufs des femelles et la semence des mâles sont alors prélevés et conservés dans des récipients séparés. Ils sont alors placés dans la ‘salle de réveil’. Dès que l’anesthésiant ne fait plus effet, ils sont alors relâchés dans le lac. Ce protocole suit les consignes de bons soins aux animaux, tous les poissons sont remis à l’eau et jusqu’à présent aucune mortalité n’a été observée.

  • Élevage en pisciculture

Les œufs et semences sont alors transportés jusqu’à la pisciculture gouvernementale de Baldwin, à Coaticook proche de Sherbrooke. Ils vont éclore au printemps suivant et seront élevés pendant 1 année complète afin d’atteindre environ 15cm de longueur. En pisciculture, environ 60% des œufs se rendront au stade de petits poissons d’un an. Afin d’obtenir les 42 100 alevins nécessaires pour ensemencer les 9 lacs à touladis du Bas-Saint-Laurent, l’objectif est donc de récolter 69 000 œufs. Dans les faits, 60 000 œufs ont été récoltés en 2018 et 58 000 en 2020.

  • Ensemencement

Les œufs prélevés à l’automne 2020 vont éclore au printemps 2021 puis les alevins seront élevés pendant 1 an avant d’être utilisés au printemps 2022 pour ensemencer les 9 lacs à touladis du Bas-Saint-Laurent. L’ensemencement a lieu aux 2 ans. Avant 2018, c’était la population de touladis du lac Mitis qui était utilisée. Cependant, le lac Témiscouata est plus accessible. Maintenant que les sites de frai du touladi au lac Témiscouata sont davantage connus, il est plus facile d’utiliser sa population de touladi.