Espèces exotiques envahissantes

 

Une espèce exotique, aussi appelée introduite, est une plante ou un animal qui a été introduit accidentellement ou intentionnellement dans une région située en dehors de son aire de distribution naturelle connue. Elle est considérée comme envahissante lorsque sa propagation engendre des dommages écologiques, économiques ou sociaux. Espèces exotiques envahissantes recensées dans le bassin versant du fleuve St-Jean:

– le roseau commun (Phragmites autralis),

– le myriophylle à épis (Myriophyllun spicatum)

– la berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum), 

– la salicaire pourpre (Lythrum salicaria),

– le butome à ombelle (Butomus umbellatus),

– l’alpiste roseau (Phalaris arundinacea)

– l’hydrocharide grenouillette (Hydrocharis morsus-ranae)

– le maskinongé (Esox masquinongy)

Il existe également un risque potentiel d’introduction et d’envahissement par le gobie à tâches noires (Neogobius melanostomus) et la moule zébrée (Dreissena polymorpha).

Causes potentielles d’introduction

 

  • La navigation de plaisance

L’expansion de certaines espèces exotiques envahissantes est fortement favorisée par l’utilisation d’embarcations de plaisance. Par exemple, le myriophylle à épis se développe sous forme de grandes talles qui partent du fond du lac et atteignent la surface. Lorsque les talles sont denses, il est fréquent que les hélices de bateaux se prennent dans ces amas de végétaux. Le myriophylle s’enroule alors autour de l’hélice ou des fragments peuvent restés collés sur la coque ou toute autre surface du bateau. Or, le myriophylle à épis a la capacité de se reproduire à partir d’un fragment de plante. Il s’agit même de son principal mode de reproduction.

De même, lorsqu’un bateau est mis à l’eau dans un lac ou un cours d’eau où la moule zébrée est présente, les larves de la moule vont avoir tendance à se fixer sur la coque de ce bateau. En effet, une coque de bateau est généralement lisse et plane; elle représente donc un substrat idéal pour l’installation des moules. De plus, les larves de moules zébrées sont très petites et donc difficilement visible à l’œil nu.

Lorsqu’une embarcation est mis à l’eau dans un plan d’eau hébergeant des moules zébrées ou du myriophylle à épis, elle représente donc un vecteur important de propagation de ces espèces exotiques envahissantes, si elle n’est pas minutieusement nettoyée avant de changer de plan d’eau.

 

  • L’introduction volontaire

Certaines espèces exotiques envahissantes sont volontairement introduites en dehors de leur aire naturelle de répartition. Comme ce fut le cas pour le butome à ombelle, certaines d’entre elles vont être utilisées dans un aménagement paysager pour leurs propriétés décoratives. D’autres, comme l’ouananiche ou le maskinongé, ont volontairement été introduits pour le plaisir de pouvoir les pêcher. Notons par exemple que le nombre de maskinongés et la taille des prises au lac Frontière tendent à diminuer selon les pêcheurs. Certaines personnes envisagent actuellement d’introduire d’autres espèces dans le lac afin de promouvoir les activités de pêche. Le choix des espèces à introduire devra prendre en compte la possibilité de survie et de reproduction des espèces au sein du lac mais également l’impact de ces espèces sur l’intégrité biologique de l’ensemble du bassin versant du fleuve Saint-Jean. Toute espèce pouvant présenter un caractère envahissant est à proscrire. À noter que l’introduction de poissons dans un plan d’eau est interdite et que l’ensemencement d’espèces est très règlementé.

 

 

  • Le rejet d’appâts vivants issus de la pêche sportive

Pour le moment, le gobie à tâches noires n’a pas été observé au sein du bassin versant du fleuve Saint-Jean. Cependant, les pêcheurs représentent un vecteur important de prolifération de ce petit poisson. En effet, dans certains lacs où il est présent, ce poisson était utilisé comme appât pour la pêche de poissons plus gros. Les pêcheurs attrapaient parfois les gobies à tâches noires sur un lac et les utilisaient comme appât vivant dans un autre lac. Or, les appâts se détachent parfois de l’hameçon. Si le lac présente les caractéristiques nécessaires à la survie du gobie à taches noires, l’espèce pourra alors le coloniser rapidement. L’utilisation de poisson appât est interdite au Québec.

 

  • Les travaux de voirie

Les travaux de voirie représentent un vecteur important dans la propagation de certaines espèces exotiques envahissantes, notamment le roseau commun. En effet, qu’il s’agisse de la création de fossés ou de la construction proprement dite d’une route, ces travaux nécessitent généralement un retrait de la végétation. Or, les milieux propices à la prolifération du roseau commun sont caractérisés par un sol perturbé, ou laissé à nu, avec une certaine humidité. Les bords de routes sont donc grandement favorables à l’expansion du roseau s’ils ne sont pas végétalisés rapidement avec des plantes indigènes. De plus, la réutilisation de la terre provenant d’un chantier sur lequel le roseau est présent sur un autre chantier accélère davantage la colonisation du milieu par cette espèce grâce aux graines transportées avec la terre. De même, l’utilisation de la machinerie d’un chantier à l’autre favorise le transport des graines. Or, une fois établies dans un plan d’eau, un cours d’eau ou un fossé, les espèces exotiques envahissantes sont extrêmement difficiles, voire impossibles à contrôler ou éliminer.

 

Les impacts potentiels

Sur les écosystèmes naturels

La plupart des espèces exotiques envahissantes ont un impact important sur l’équilibre des écosystèmes qu’elles colonisent. En effet, elles entrent généralement en compétition avec les espèces indigènes, que ce soit pour l’espace, la lumière, la nourriture ou toute autre ressource nécessaire à la croissance. Le caractère envahissant des espèces exotiques est souvent favorisé par l’absence de leurs prédateurs naturels. Si les conditions du milieu sont propices à leur développement, les espèces exotiques pourront envahir l’espace au détriment des espèces indigènes. Elles peuvent alors créer un déséquilibre écologique. Par exemple, la moule zébrée a la capacité de filtrer énormément l’eau d’un lac, au point qu’il n’y ait plus assez de nutriments pour nourrir les autres espèces présentes. De même, l’introduction de prédateurs tels que le maskinongé et la ouananiche peut engendrer une compétition sévère avec d’autres espèces telles que les truites.
Les espèces exotiques envahissantes peuvent également introduire avec elles de nouveaux parasites ou de nouvelles maladies, auxquels les espèces indigènes ne sont pas adaptées. Une telle situation engendre alors une diminution des populations indigènes au profit des espèces exotiques, augmentant encore le déséquilibre écologique. Enfin, le caractère envahissant de certaines espèces exotiques, telles que le myriophylle à épis peut contribuer au vieillissement prématuré des lacs.

 

Impacts sur les usages

L’introduction et le développement d’espèces exotiques envahissantes dans le réseau hydrique d’un bassin versant peuvent engendrer une dégradation de l’aspect esthétique des lacs et des rivières ainsi qu’une réduction de leurs différents usages. Par exemple, la présence de nombreux végétaux dans un lac peut conduire à un rétrécissement des voies navigables et à une certaine nuisance pour la pêche et la baignade. De même, ils peuvent obstruer les prises d’eau potable qui s’approvisionnent en eaux de surface.

 

Pistes de solution

  • Laver les embarcations

Ce lavage doit se faire en entrant et en sortant d’un plan d’eau dans des stations de lavages munies d’un jet d’eau à haute pression. L’objectif est de ne rien transporter d’un lac à l’autre. Il s’agit de quelques minutes qui feront toute la différence pour les écosystèmes aquatiques que nous lèguerons aux générations futures.

 

  • Ne pas utiliser de poissons appât

La réglementation entrée en vigueur le 1er avril 2013, interdit l’utilisation de poissons appâts morts ou vivants en saison estivale. Le bassin versant du fleuve Saint-Jean ne fait pas partie des zones bénéficiant d’une exception quant à cette réglementation (MDDEFP 2013).

 

  • Signaler toute espèce exotique observée

Si vous observez une espèce exotique dans un écosystème naturel, informez-en le ministère ou l’OBV qui s’occupe du territoire concerné. Un bon signalement nécessite une ou plusieurs photos de la plante ou l’animal en question et une localisation précise de l’endroit où il (elle) a été vu. Pour signaler une espèce exotique dans le bassin versant du fleuve Saint-Jean n’hésitez pas à nous contacter:

418-899-0909 ou

Vous pouvez également utiliser l’outil SENTINELLE pour en savoir plus sur les espèces exotiques répertoriées au Québec.

 

  • Éviter les espèces exotiques dans les aménagements paysagers

La grande majorité des espèces exotiques envahissantes peuvent être remplacées par des espèces indigènes. Une fois qu’elles sont installées dans un aménagement paysager, les espèces exotiques envahissantes ont une forte probabilité de propagation dans le milieu naturel avoisinant puis le bassin versant au complet. C’est ce qui est arrivé pour le butome à ombelle au lac Long, pour la Berce du Caucase … Nous travaillons actuellement à l’éradication du carassin (poisson rouge) dans les étangs du golf de St-Louis-du-Ha!-Ha! et de l’hydrocharide grenouillette dans ceux du Parc Clair-Soleil afin d’éviter leur propagation dans le réseau hydrique du lac Témiscouata et des sous bassins versants en aval. De même, le MTQ a adopté des mesures afin de prévenir la propagation du roseau commun lors des travaux de voirie.

 

  • Réduire les apports en nutriments

Qu’elles soient exotiques ou indigènes, les plantes ont besoin de nutriments pour se développer. Réduire les apports excessifs en nutriments dans les lacs et cours d’eau permettra de ralentir leur propagation. Cette diminution des apports en nutriments passe notamment par la végétalisation des bandes riveraines, la couverture des sols pour limiter leur érosion et la non-utilisation de fertilisants.

 

Liens d’intérêt